Les quatre voies de la Connaissance

J’ai été très inspirée par la grille de lecture d’exploration de la Connaissance proposée par Luc Bigé dans le cadre de la Webconférence « Réussir le passage » de juillet  (voir la vidéo que j’ai diffusée précédemment et que l’on peut retrouver ici : https://youtu.be/U-mAboX63A0). 

Lors de son intervention, Luc nous a invités à explorer systématiquement toute question ou tout problème sous quatre angles :

  • scientifique,
  • systémique/complexe, 
  • symbolique, 
  • connaissance directe. 

Cette proposition n’a pas été une révélation à proprement parler, mais une clarification majeure. Un peu comme lorsqu’on trouve la réponse à ces jeux de logique que l’on fait l’été sur la plage, en vacances, lorsque l’esprit se donne le temps de vagabonder et de voir autrement ce qu’il sait mais qu’il ne prend plus le temps de requestionner, et qu’il s’étonne de ne pas avoir perçu plus tôt la réponse dès lors qu’elle lui est donnée (généralement en bas de page, de manière inversée, ou à la fin du livret de jeux).

Je remercie chaleureusement Luc, et j’espère qu’il ne m’en voudra pas de préciser ici la nature de cette clarification. Voilà ce qui m’apparaît plus clairement aujourd’hui… 

La voie scientifique/matérialiste

S’agissant de la première voie d’accès à la Connaissance, la voie scientifique, l’enjeu d’aujourd’hui (dans nos activités, la société…) n’est pas de refuser tout ce qui est scientifique et matérialiste (en d’autres termes de lutter contre le réductionnisme matérialiste très prégnant aujourd’hui en supprimant cette voie d’accès elle-même), mais de s’ouvrir scientifiquement à une perception plus vaste de ce que sont la nature et le fonctionnement de l’humain, de la conscience, de la Vie (qui reste un mystère tout de même !), de ce qu’est le réel. 

C’est une invitation à éviter le piège des certitudes, voire du scientisme, et à toujours douter et questionner nos connaissances. « Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien » disait Socrate, qui ajoutait « tandis que les autres croient savoir ce qu’ils ne savent pas. » En lisant cette phrase, je me dis que je dois toujours me méfier de ne pas être « les autres » dont parle le philosophe. Cela relève d’une vigilance et d’une ouverture personnelle. 

J’en discutais récemment avec un ami qui me redisait tout l’intérêt, s’agissant de cet axe de la connaissance, de l’apport du physicien français Jean-Pierre Granier-Mallet. On pourrait également citer Nassim Haramein et tant d’autres qui élargissent nos compréhensions et perceptions sur le monde qui nous entoure et au sein duquel nous évoluons…

La voie systémique/complexe

En ce qui concerne l’approche systémique/complexe de la connaissance, il s’agit de penser notre monde, notre réalité, la Nature dont nous faisons partie (dont nous n’avons toujours qu’une vision tronquée liée à nos perceptions elles-mêmes limitées)… donc de penser tout cela en termes de coopération, de coévolution, d’interactions.

C’est sous cette égide que j’ai placé mon métier de conseil que j’exerce depuis des dizaines d’années à présent (!), et c’est celle de tous mes confrères et consœurs, et des dirigeants, qui mettent en avant l’intelligence collective, la co-responsabilité ou encore des modèles de fonctionnements collectifs comme la sociocratie ou l’holacratie. C’est aussi le domaine de l’économie circulaire, du développement durable lorsqu’il n’est pas « greenwashisé », de la permaculture, plus largement des biens communs et d’une réflexion sur le partage des richesses par opposition à un système de captation des richesses qui maintient et renforce les hiérarchies de pourvoir. 

Qu’il y aurait à dire à ce sujet auquel nous sommes nombreux à être sensibles ! Un grand merci, sur ce volet, au « Groupe des dix » dans la filiation duquel je me reconnais (https://fr.wikipedia.org/wiki/Groupe_des_dix_(France)), et bien sûr à Edgar Morin, qui fête cette année ces 100 ans, et qui a consacré sa vie de chercheur à théoriser la Pensée complexe.

La voie symbolique

Pour la troisième voie de connaissance, la voie symbolique, il s’agit de sortir la tête du guidon de l’action immédiate, et de prendre le temps de donner du sens à que ce que nous sommes en train de faire et de vivre, individuellement et collectivement, à la lumière des grands mythes, des archétypes, des symboles

Ce champ de la connaissance nous invite, sauf à être très érudit, à faire appel à des spécialistes qui ont pris le temps d’apprendre cette lecture du monde, pour mieux nous la proposer. Comme par exemple « le langage des oiseaux » : une vraie merveille lorsqu’on sait l’entendre !

Ce cadran est celui du « temps où l’on prend conscience que l’on respire » ou, comme l’écrivait un jour Edgar Morin, celui du décentrage, du déségocentrage, et du désethnocentrage, pour recontacter la dimension universelle de nos vies. Et par là-même entrer dans la conscience que nous ne faisons que répéter des grands mythes et des cycles, décennies après décennies, siècles après siècles, millénaires après millénaires.

Cette répétition n’est pas grave, elle est même peut-être inhérente à la condition terrestre (ce que je crois personnellement), l’essentiel étant d’en avoir conscience pour mettre justement de la conscience dans nos agissements individuels et collectifs, et éviter de tomber toujours sur les mêmes écueils. Pour grandir à nous-mêmes, grandir en sagesse. 

La voie de la connaissance directe

Enfin, la quatrième voie d’accès est celle de la connaissance directe, de l’intuition, du chamanisme dit-Luc Bigé, de la conscience de l’éternel instant. C’est le temps de l’être, le temps du mystique, le temps de l’éveil. C’est cette dimension que nous sommes de plus en plus nombreux à appeler de nos voeux, à revendiquer même, bien que le mot soit inapproprié puisqu’on ne peut revendiquer cette dimension : elle « est », tout comme « nous sommes ». 

Pour illustrer cet appel grandissant, je citerai par exemple le dernier ouvrage coordonné par Catherine Voynnet-Fourboul auquel j’ai eu le plaisir de participer « Leadership spirituel en pratiques » (EMS, 2021), mais aussi l’aspiration de plus en plus perceptible, au sein des sociétés et même de l’humanité d’aujourd’hui, à plus de sens dans nos vies, à plus de spiritualité, de sensible et de subtil. 

C’est tout l’enjeu auquel Ivan Maltcheff et moi-même souhaitons apporter notre part de Colibri au travers du processus de partage et d’inspiration « Réussir le passage », via des webconférences, des séminaires, des événements (pour en savoir plus sur nos séminaires : https://laurencebaranski.com/seminaire-reussir-le-passage/)

La reliance

Grâce à la conférence de Luc Bigé, quelque chose dans ma tête s’est ordonné, tout en renforçant ma conscience que ces quatre voies restent liées. Ceci dans la droite ligne de la proposition du scientifique et philosophe René Descartes, sous l’influence duquel nous avons séparé les éléments du réel pour mieux les étudier et les connaître, oubliant que son célèbre ouvrage « Le discours de la méthode » (publié en 1637) nous invitait ensuite à relier ces éléments du réel, car la Vie ne se découpe pas. La vie est. 

La connaître nous demande de l’explorer à la fois sous l’angle scientifique, systémique, symbolique et de la connaissance immédiate. 

Tout oubli d’une de ces dimensions, ou toute cristallisation sur une ou quelques dimensions seulement, revient à une amputation de la connaissance, et donc à une amputation de nous-mêmes. Personnellement, j’ai envie de vivre entière. Je milite donc pour la reliance, pour une connaissance multifacette, irriguée de toutes nos sensibilités et intelligences !

Publié par Laurence Baranski

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