Produire du sens, autrement

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Le courant de « l’autrement »

Je fais partie de ce courant de personnes qui depuis quelques années et même quelques décennies fait la promotion de « l’autrement » :

  • penser et agir ensemble autrement, de manière plus simple et plus pragmatique, depuis le sol et non pas hors sol,
  • produire autrement, dans le respect de l’environnement, de la nature et de ses cycles,
  • travailler autrement, en recherchant l’efficacité à travers la raison d’être de notre travail et le respect de nos valeurs, à contre-courant de la culture du paraître, de l’image, du toujours plus et de l’avoir.

Nous sommes nombreux à faire partie de ce courant, et nombreux sont celles et ceux qui le rejoignent, ou y aspirent.

Pourtant, que constate-t-on ?

Secteur privé, secteur public : le même non-sens

Dans le secteur privé, les décisions dites stratégiques qui vont entrainer des changements conséquents au niveau des organisations et des équipes, apparaissent aujourd’hui motivées par le seul désir de gagner une partie de Monopoly déshumanisée, une partie semble-t-il jouissive pour celles et ceux qui sont autour de la table en train de compter frénétiquement leur capital et d’en mesurer la croissance.

Entasser les billets reste la finalité recherchée, en dépit des discours humanistes ou écologiques énoncés qui ne sont qu’un vernis factice qui ne berne plus personne, même si, trop souvent, nous aimerions encore y croire.

Dans le secteur public, les exigences affichées – et certainement légitimes -, d’efficacité et de nécessaire réduction des coûts sont malheureusement trop souvent déclinés dans les organisations en dépit de tout bon sens, au mépris de ce qui a fait la richesse du secteur public : la recherche de la valorisation du bien commun au bénéfice de l’accroissement de la culture, de l’intelligence, ou encore de la qualité de vie pour tous.

L’accroissement du mal-être et du non-sens

Ainsi va la vie de nos entreprises et organisations.

Elles sont actuellement victimes d’une frénésie d’agitation qui produit chaque jour un peu plus de non-sens et de mal-être que l’on tente de rafistoler par des programmes de bien-être au travail. Ces programmes produisent certes des réussites et des victoires humaines, heureusement. Mais ces réussites sont marginales et semblent si fragiles face au tsunami de l’argent roi et de la rationalité économique et financière érigés en seule finalité.

Certes, l’émergence des entreprises libérées, humanistes, holocrates, solidaires… nous laissent aujourd’hui entrevoir d’autres futurs possibles, encore embryonnaires, mais heureusement porteurs d’un espoir salvateur.

Des personnes et des équipes déstabilisées et touchées au cœur

Pour l’heure, dans nos entreprises et organisations, ce sont les personnes qui payent les pots cassés.

En tant que coach et conseil en conduite du changement, j’admire l’implication de chacun pour atteindre au mieux les objectifs, pour délivrer des services ou des produits de qualité. L’engagement professionnel est réel. La conscience professionnelle domine. La raison en est simple : créer ensemble une œuvre collective, belle et utile, est une source d’estime de soi et de plaisir. Cela donne du sens à notre travail et à nos vies. Nous avons besoin de ce sens. Alors nous le produisons ensemble.

Pour autant, l’incohérence de plus en plus flagrante des décisions prises en haut lieu, dans des instances de gouvernance totalement déconnectées de la réalité vécue, dans les comités de direction, comex et autres conseils d’administration, agit comme une flèche qui vient toucher « les travailleurs » au cœur.

Cette incohérence décisionnelle, au nom de pseudo nécessités stratégiques et de ce qu’on appelle le progrès, entraine la négation des efforts intellectuels, créatifs et humains déployés au plus près de l’activité. Cette incohérence décisionnelle est une insulte à l’intelligence rationnelle, relationnelle et émotionnelle produite pour atteindre les objectifs qui étaient fixés, et qui soudainement sont radicalement modifiés.

La résilience professionnelle

Pourtant, je le constate avec admiration à l’occasion de mes accompagnements : même lorsqu’elles sont stoppées en plein vol par des projectiles vraiment inattendus et imprévisibles, les personnes et les équipes se relèvent. Elles se remotivent et repartent.

Le monde est perturbé, trop souvent insensé ? Les décisions apparaissent incohérentes ? Qu’à cela ne tienne. Nous ré-inventons au niveau local de belles histoires que nous mettons en scène et que nous incarnons ensemble. Nous re-créons notre film, un film porteur de sens, générateur de créativité, et alimenté par une nourriture humaine vitale.

J’admire réellement la capacité de résilience et de remobilisation dont les dirigeants sincèrement impliqués dans le « faire » (ils restent nombreux), les managers conscients de leur responsabilité (nombreux également), et les collaborateurs investis (la très grande majorité) font preuve sur le terrain.  Il y a là une nouvelle manière de produire autrement du sens.

Trouver et produire du sens autrement

Le monde est agité. Il perd la tête à bien des égards. Mais c‘est ainsi, nous ne pouvons pas le changer, nous ne pouvons que nous changer nous-mêmes. Alors, localement, nous avons la responsabilité de faire, penser, ressentir, et dire les choses autrement. Nous avons la responsabilité de produire du sens à notre niveau.

Bravo à toutes celles et ceux qui, contre vents et marées, permettent ainsi au monde d’avancer et qui, mine de rien, construisent des digues, résistent concrètement aux vagues d’incohérence, permettent de vivre de superbes aventures humaines, et inventent au quotidien, sur le terrain, de nouveaux modèles managériaux.

De nombreux penseurs ont dit que le changement viendrait de petits groupes. Ces groupes, ces équipes, ces collaborateurs résilients préparent le véritable changement, celui de la production de sens qui prend sa source dans la réalité de nos vies et de nos expériences vécues.