Comment accompagner notre entrée dans l’ère de la conscience ?

Un article co-écrit par Laurence Baranski et Ivan Maltcheff.

Nous vivons toutes et tous sur la même planète, mais pas dans le même monde ni dans la même réalité. Nos rapports à la vie et à la conscience diffèrent, tout comme nos perceptions et priorités. Cela rend l’accompagnement de nos premiers pas dans l’ère de la conscience à la fois subtil et délicat. 

En tant que coachs, facilitateurs, managers ou dirigeants, comment accompagner cette évolution à laquelle nous, auteurs de cet article et de l’ouvrage « L’ère de la conscience », croyons profondément ? 

1. L’éveil des consciences : mode ou réalité ?

Aucune entreprise n’a échappé au courant appelé culture change ou change management apparu il y a une trentaine d’années. De nombreuses pratiques ont émergé à cette occasion (entreprise apprenante, lean management, intelligence collective…). Certaines se sont installées durablement, d’autres n’ont été que des modes passagères. Dans le même temps, le changement, lui, s’est imposé comme une réalité profonde et durable — une réalité toujours à l’œuvre aujourd’hui, avec notamment l’intégration massive de l’intelligence artificielle dans nos vies et nos organisations.

Un nouveau courant a émergé plus récemment : celui de l’éveil des consciences. S’agit-il d’un phénomène éphémère ou qui n’aura de toute façon aucun impact sur la société et nos entreprises, ou de l’amorce d’une véritable dynamique transformatrice, comme nous en faisons le pari ?

La conscience peut être définie comme la manière dont nous nous représentons, ressentons et expérimentons le monde, la vie et nous-mêmes. Faculté inhérente à l’être humain — au minimum —, son éveil, s’il est réel, ne peut que nous réjouir, tout comme nous ne pouvons que nous féliciter lorsque notre niveau de bienveillance et d’empathie progresse. Depuis plusieurs années, nous explorons cette ouverture possible des consciences, ses manifestations et ses impacts concrets, en ouvrant le débat dans des sphères professionnelles (séminaires) comme publiques (au travers des Rencontres Conscience et Citoyenneté notamment).

Or, dès que nous abordons ce sujet, nous constatons une grande diversité de réception, chacun projetant sa propre définition de la « conscience ». Ce thème, que nous veillons à détacher de toute référence religieuse traditionnelle, reste encore émergent dans le champ collectif. Il ne dispose pas de représentations suffisamment partagées pour devenir un véritable sujet ni un enjeu sociétal. Il demeure individuel, relatif au « monde » de chacun : il est ontologique, au mieux anthropologique, mais ni social, ni encore moins politique. Dans ce contexte, accompagner l’éveil des consciences a-t-il seulement du sens ?

2. Une progression qui reste lente

Des chercheurs comme le neurobiologiste Mario Beauregard ou le physicien Philippe Guillemant, pionniers sur le thème des nouveaux modèles de la conscience, proposent une vision dite « non-locale » de la conscience, à contrepoint de l’idée, longtemps dominante, d’une conscience locale, c’est-à-dire produite par le cerveau. Selon eux, la conscience serait indépendamment du cerveau (qui ne devient qu’une interface), et serait présente avant et après nous. Nous, êtres humains, évoluerions même au sein d’un véritable « océan de conscience ». Dans cette hypothèse non locale, la conscience est partout, à nous de nous y connecter. 

Pourtant, quiconque fréquente les colloques sur ce thème et ses corollaires (comme les expériences de mort imminente, les phénomènes dits paranormaux, la médiumnité…) peut observer que les discours évoluent peu depuis plus de trente ans.

Même lorsque ces prises de parole et témoignages intègrent une dimension plus sensible, vibratoire et expérientielle, les modes de transmission restent ancrés dans un paradigme mental : tout se passe comme s’il s’agissait de démontrer, prouver, expliquer, comme s’il fallait convaincre. Cela conduit à une forme d’immobilisme face à un questionnement pourtant existentiel qui nous concerne tous. Un questionnement que chacun pourrait au moins aborder avec curiosité, tant il touche à notre nature la plus essentielle. Pourtant, ce nouveau paradigme peine à s’imposer auprès du plus grand nombre.

Résultat : ceux qui adhéraient continuent d’adhérer, l’intérêt progresse lentement, mais sans bascule collective. La question de la conscience n’est pas encore perçue comme un marqueur majeur des transformations à venir. 

3. La transformation est vibratoire

Notre constat est simple : parler de notre entrée dans l’ère de la conscience ne peut relever du seul registre mental car la conscience n’est pas mentale. Elle est subtile, faite de fréquences et de connexions, sollicitant nos intuitions et notre sensibilité.

Notre expérience, en tant que coachs et animateurs, comme celle des personnes que nous accompagnons, montre qu’il s’agit avant tout d’un vécu, d’une expérience qui s’inscrit dans notre corps, nos émotions, notre perception du monde, notre relation aux autres et à la Nature. C’est à partir de cette accumulation d’expériences — parfois marquantes (éveil soudain, épreuves), parfois plus discrètes mais tout aussi transformatrices — que se construit un nouveau rapport à soi, aux autres et à la vie.

Progressivement, nos pensées, nos émotions, et même notre « fréquence », changent. Notre regard sur la réalité se décale. Les choses de la vie deviennent peut-être moins rangées, moins ordonnées, moins logiques et objectives en apparence, moins standardisées. Elles sont assurément plus souples et surtout ouvrant de nouvelles voies. Notre rapport au vivant et au sens de la vie évolue. Il est moins centré sur la performance, la compétition ou la productivité, davantage orienté vers la coopération, le partage et des valeurs de cœur comme la gratitude, le respect ou la bienveillance.

Cette évolution intérieure se fait naturellement. Lui résister reviendrait à s’enliser entre deux mondes : d’un côté celui des anciens modèles rigides, validés collectivement, et de l’autre une réalité plus fluide, subjective, ouverte à l’inattendu et à l’expression authentique de soi. Une tension qui ne peut que nous épuiser. 

À l’inverse, entrer dans le mouvement du vivant évolutif en soi nous invite à l’élévation, à la prise de recul, à une forme de reconnexion à notre essentiel, à l’ancrage en nous et à l’alignement intérieur. Ce processus, qui est à la fois émotionnel, intracellulaire et vibratoire est inévitable. Il est une conséquence logique dès lors que nous acceptons l’idée de l’ouverture de notre conscience. Il engage toutes les dimensions de notre être. Nous sommes déjà nombreux à l’expérimenter et à participer ainsi à l’émergence d’une nouvelle manière d’habiter la Terre et de faire société ensemble. 

Mais l’ancien paradigme pourra continuer de nous tirailler. Avancer implique de lâcher et cela peut générer de la peur, de la culpabilité, du doute.

4. La vie est notre enseignante permanente

Sur ce chemin, loin des cadres théoriques et des salles de colloques, certes utiles pour informer, la vie demeure notre plus grande enseignante comme en témoignent deux de nos expériences vécues. 

Lors d’un récent voyage initiatique en Inde, riche d’enseignements et empreint de sérénité, tout a basculé à l’annonce de l’annulation soudaine du vol retour en raison du déclenchement du conflit en Iran. Une peur intense a surgi : celle de ne pas pouvoir rentrer. Angoisse, stress, tensions corporelles ont refait surface, balayant l’état d’élévation précédent. Ce type d’expérience nous ramène à l’essentiel : rien ne se joue uniquement dans le mental. Il a fallu accueillir les émotions, respirer, s’ancrer dans le présent, mobiliser ses ressources, accompagner un groupe en difficulté, structurer dans l’urgence. L’expérience spirituelle s’est prolongée dans l’action concrète.

Comme le suggère le titre du livre d’un moine zen, « Après l’extase, la lessive », la transformation se vit dans le quotidien. Elle implique d’embrasser la dualité : ombre et lumière, confort et inconfort. C’est dans cette tension que se joue l’apprentissage.

5. Développer la sécurité intérieure dans l’insécurité apparente

Une autre expérience éclaire ce chemin d’ouverture de conscience. Nos vies peuvent être perçues comme une succession de cycles, ponctués de passages. Ces dernières années consacrées à l’exploration de la conscience — personnellement et à travers des actions publiques (livres, colloques, séminaires) — ont été riches et profondément nourrissantes. Mais leur ancrage dans le monde économique s’est révélé difficile. Ces sujets, peu rentables, peinent à trouver leur place dans l’espace marchand. Malgré un intérêt croissant du public, peu s’engagent véritablement dans une transformation collective profonde.  À titre personnel, lorsqu’on porte ce sujet, cela se traduit sur le plan socio‑économique par une avancée dans un « désert » avec des opportunités qui, à l’approche, se révèlent être des mirages. Un peu comme si l’ère de la conscience nous attirait, mais comme si nous n’étions pas encore tout à fait prêts à basculer. Cela génère de l’insécurité et des moments d’inquiétude et, en même temps, intérieurement, une foi grandissante en soi et en la vie, comme une forme d’apprentissage de la sécurité intérieure dans l’insécurité extérieure

« Vous n’êtes pas prêts vibratoirement », nous rappelaient il y a encore peu de temps certains enseignants spirituels, guides sur le chemin de l’éveil des consciences. Peut‑être le serons‑nous très bientôt ?

6. Demain est un autre monde à laisser naître en nous

Les bouleversements intérieurs que nous vivons lorsque notre conscience s’expanse, qu’ils soient physiques, émotionnels, intellectuels ou spirituels, viennent inévitablement percuter nos systèmes de croyances, ces grilles de lecture du monde qui nous permettent de nommer les choses, de leur attribuer une place et une importance, d’interpréter la réalité et de nous situer dans la société, et, in fine, de forger ce que nous pensons être notre identité. Soudain, ces croyances se trouvent remises en question et notre identité se délite, se réorganise, se réinvente.

Cela ne peut pas se produire autrement. C’est un processus plus ou moins joyeux ou douloureux, comparable à un accouchement, à une naissance. Il s’agit d’une opportunité de croître en conscience, pour ensuite, de proche en proche, nourrir une dynamique collective plus subtile.

Ce mouvement ne se mesure pas, il ne se compte pas : il se vit. Il nous dépasse, il relève de l’invisible. On ne le comprend pleinement que lorsqu’on l’a traversé, ressenti, intégré. Vivre cette évolution avec une conscience élargie atténue les souffrances possibles et permet de se projeter plus joyeusement dans une perspective individuelle et collective positive. À l’inverse, lorsqu’on l’ignore ou la subit, surgissent alors la colère, la révolte, la résistance.

7. À quoi pouvons‑nous servir ?

Dans ce contexte d’entre-deux mondes, d’entre-deux rapports à la vie, à quoi servons‑nous, nous les coachs, consultants, animateurs, facilitateurs, managers et dirigeants, qui prétendons parfois, dans nos posts, discours et offres commerciales, accompagner le mouvement d’évolution des consciences ?

Pour l’heure, notre conclusion est qu’il demeure essentiel de partager les repères issus de notre cheminement individuel. Ils permettent de se reconnaître, de se soutenir mutuellement et de se sentir moins seuls. D’où l’intérêt de modéliser ces évolutions à travers de nouvelles notions — comme le proposent certains avec « l’entreprise quantique » ou « les niveaux d’intelligence spirituelle », et de contribuer ainsi à la diffusion de ces repères collectifs en pleine émergence.

Plus fondamentalement cependant, comment transmettre le non‑mental par le mental ? Faut‑il le faire ? Est‑ce même possible ? Notre expérience nous enseigne que cela ne peut fonctionner utilement que si nous faisons preuve, individuellement, d’une totale cohérence et authenticité vis‑à‑vis de nous‑mêmes et des autres. Nous devons être en accord avec notre propre parcours et avec la manière dont nous traversons nos propres déstabilisations.

Ayant connu le vide, la perte, l’angoisse, mais aussi la joie et l’ouverture au bonheur, en conscience, nous portons ces vibrations et leur dépassement en nous, et nous les transmettons par résonance. C’est cela, avant tout, que nous partageons : une alchimie intérieure forgée par l’expérience vécue, bien plus que par des représentations abstraites.

Nous ne vivrons jamais à la place d’autrui, mais nous savons où mènent la peur des abîmes, où conduisent les doutes et comment, peu à peu, retrouver pied dans le flou. Par notre présence authentique, plus encore que par nos méthodes ou nos outils, nous aidons à produire du sens, à créer des images et des représentations qui portent une perspective positive et désirable. Tous ces processus sont invisibles à nos yeux physiques et ils échappent à notre mental, mais ils sont bien réels et agissant dans la matière et les relations humaines.

Conclusion

Tous les systèmes actuels sont obsolètes s’ils demeurent uniquement mentaux car l’humanité est engagée dans une transformation sensible profonde. La valeur première de celles et ceux qui se reconnaissent comme facilitateurs de ce processus évolutif vivant ne réside pas dans des modèles ou dans la pensée, mais avant tout dans leur justesse d’être. Partageons nos épreuves et nos joies, sans masque ni habits de l’ancien monde, dans l’humilité et la conscience que notre propre chemin nous questionne en permanence. Il n’y a pas de super‑héros invincibles ni de victimes impuissantes, mais seulement « nous », des humains en quête du juste milieu, au cœur d’une aventure singulière à inventer et à vivre ensemble. Nous voilà ainsi, acteurs du présent et du futur, faisant collectivement nos premiers pas dans l’ère de la conscience.

Cet article est écrit à l’occasion de l’anniversaire de la publication du livre « L’ère de la conscience. 21 repères pour élargir notre conscience en gardant les pieds sur Terre ».

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En savoir plus sur le site « L’ère de la conscience » en cliquant ICI.

Publié par Laurence Baranski

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