Entrer dans l’ère de la conscience : le chemin d’une spiritualité citoyenne

Faire de la conscience un sujet central au moment où il semblerait que le ciel va nous tomber sur la tête semble relever, soit d’une ignorance assez fondamentale sur les bouleversements multiples que nos sociétés traversent actuellement, soit d’un optimisme béat sur les capacités de l’humain.

Pourtant, il n’y a rien de plus essentiel que la question de la conscience, justement en ce moment particulier de notre histoire humaine.

Il est l’heure d’ouvrir la porte de la prison matérialiste dans laquelle notre conscience est enfermée pour redonner du sens à nos vies, et pour retrouver plus de sagesse et de lucidité dans la conduite des activités humaines sur la Terre. Jusqu’à avancer vers une spiritualité libre et citoyenne.

Regard sur notre monde matérialiste

Jusqu’à présent, les scientifiques modernes ont fait l’hypothèse du matérialisme comme fondement de la vie et de la conscience. Celle-ci serait le fruit de la production de notre cerveau, ou de la co-production de ce dernier avec l’environnement, comme le dirait Edgar Morin, ajoutant à la rationalité la richesse de la complexité.

On dit alors que la conscience est locale, c’est-à-dire localisée dans le cerveau. Une fois ce dernier disparu, la conscience n’existe plus. Ainsi, pour la pensée matérialiste, le sentiment d’exister trouve essentiellement son origine dans des réactions biochimiques et électriques neuronales. Depuis deux siècles environ, cette conception a été dominante dans la pensée occidentale pour laquelle il y aurait d’un côté le monde réel, scientifique, rationnel, matériel et de l’autre un monde symbolique et spirituel, celui de la foi, des religions et de l’imaginaire des peuples.

Dans cette perspective, le monde matériel et la société doivent être régis selon des principes rationnels, dit scientifiques (sous-entendu s’inscrivant dans les principes de la science matérialiste). Le monde immatériel, quant à lui, relève exclusivement du domaine privé et intime, de manière à ne pas interférer dans la conduite sérieuse du monde.

Tant et si bien que la référence à une transcendance au-delà de la matière, qu’elle soit religieuse ou spirituelle, parait suspecte. L’histoire de la laïcité française place par exemple les institutions publiques sous la protection de la seule Raison. Cette approche empêche de faire de la question de la conscience, de sa nature et de son potentiel d’élargissement, un objet de questionnement public.

Un tel repli exclusif sur la matière, sur l’observable et sur le quantifiable, ne peut que nous conduire au scientisme, c’est-à-dire à la réduction de la science au seul matérialisme, puis à l’économisme qui promeut la quête du bonheur individuel et collectif par l’avoir, et aujourd’hui au transhumanisme et à son corolaire l’immortalité des corps par le mariage de la biologie et de la technologie. Mais où est passé l’âme, ou le Soi, chacun utilisera son vocable préféré, et avec elle ce sentiment intime d’exister, d’être présent à soi, tout en étant connecté à quelque chose de plus vaste ? 

S’il est essentiel de bien garder les pieds sur Terre, le biais cognitif matérialiste qui nous ampute de la partie mystérieuse et sacrée de nous-mêmes et de la vie, mérite d’être requestionné à l’échelle de la société. Il en va de l’avenir et du développement de l’humanité.

Le post-matérialisme comme base de renouvellement du monde

L’affirmation matérialiste selon laquelle notre conscience est une production de notre cerveau n’est qu’un postulat. La science moderne n’a en réalité jamais démontré la validité de cette l’hypothèse.

Depuis quelques décennies, un courant de la science explore une autre hypothèse : celle de la conscience non-locale. Certes, nous avons bien une conscience ordinaire reliée à nos cinq sens ordinaires. Mais nous en avons une autre, ou plus exactement notre conscience est bien plus que cela. Elle se déploie dans des espaces invisibles à nos sens communs et dans des champs d’information immatériels. Elle existait avant notre naissance et existera après notre mort.

Ce courant scientifique, minoritaire mais croissant, est dit « post-matérialiste ». Il soutient l’hypothèse que la conscience n’est pas une production du cerveau. Notre matière cérébrale ne serait en quelque sorte qu’un système de traitement d’informations et ferait le lien entre notre dimension visible, incarnée, et notre dimension invisible, énergétique et peut-être même quantique.

Cette approche a été présentée dans le Manifeste pour une science post-matérialiste (1) élaboré sous l’impulsion du docteur en neurosciences Mario Beauregard, précurseur avant-gardiste de ce courant scientifique. De multiples initiatives en découlent aujourd’hui dont, à titre d’exemple, l’AAPS ou Academy for the Advancement of Postmaterialist Sciences (2).

Une des ruptures fondamentales de cette approche avec la science classique est qu’elle prend en compte le vécu humain, qu’il s’agisse d’expériences de mort imminente, de sorties hors du corps, de contacts avec des défunts, de médiumnité ou de télépathie. S’affranchissant de la seule hypothèse matérialiste, cette science sort des cadres habituels et analyse, selon des protocoles scientifiques rigoureux, ce vécu humain, sensible et subtil, qui a longtemps été considéré comme relevant du parascientifique ou paranormal. Il en émane de nouvelles hypothèses sur ce que pourrait être l’être humain et même notre réalité. Avec cette science, notre regard sur la vie et sur le sens de notre destinée humaine s’élargit. De nouvelles perspectives d’organisation sociale basée sur la coopération au sein du vivant, qu’il soit visible ou invisible à nos sens ordinaires, se dessinent et se mettent au service d’une société plus ouverte, que ce soit en matière d’éducation, de santé, de consommation. Les notions du temps, de l’énergie en nous et autour de nous, et même de l’amour trouvent une nouvelle explication et prennent une tout autre densité.

La conscience, point d’appui d’une spiritualité citoyenne​

Si cette nouvelle approche nous invite à faire évoluer nos paradigmes collectifs, elle est aussi la porte ouverte sur une réappropriation par chacun de ce qu’il est en tant qu’être humain. Elle autorise, voire encourage, la notion d’exploration intérieure. Qui sommes-nous vraiment et quel sens voulons-nous donner à notre vie terrestre ? Comment souhaitons-nous faire l’expérience de nous-mêmes et de notre conscience élargie dans cette vie ?

Cette exploration passe autant par l’attention à notre corps et à nos sensations, qu’à nos émotions et intuitions. Elle nous autorise à avancer vers une connaissance plus profonde de notre psyché, redécouvrant en cela le chemin tracé depuis des millénaires par les explorateurs de la conscience de toutes les Traditions de Sagesse du monde. Et parce que c’est la science qui nous ouvre la voie, ce travail en quête de soi, dans toutes nos dimensions, peut commencer à s’inscrire dans le champ de la normalité admise, reconnue et naturelle. Elle esquisse le chemin de ce que nous pourrions appeler une spiritualité citoyenne, accessible à chacun, areligieuse et adogmatique, chacun pouvant parallèlement avancer dans ce cheminement dans le cadre de la religion de son choix, ou pas.

Il existe aujourd’hui une myriade d’initiatives d’ouverture intérieure (méditation, contemplation, hypnose, expansions de conscience guidées, chamanisme et transe…) expérimentées par des citoyens qui découvrent qu’il est possible de s’ouvrir à une vie spirituelle sans nécessairement adhérer aux dogmes de tel ou tel courant religieux.

Ces démarches peuvent amener à des découvertes bouleversantes pour celles et ceux qui les vivent, comme en témoignent par exemple les différents films de la réalisatrice Valérie Seguin tels que « Et si la mort n’était qu’un passage ? » et « L’âme 2 : l’au-delà et l’invisible » (3) ou encore « Témoins, ils sont des millions à l’avoir vécu » de Sonia Barkallah. Ces prises de parole publiques, à travers des films ou des livres, nous permettent de nous requestionner sur ce qu’est la vie et de partager une perspective plus large que celle accessible par notre seule conscience ordinaire et la pensée matérialiste.

Devenir un citoyen conscient

La spiritualité citoyenne est par essence multiple. Elle peut s’ouvrir et se déployer de mille façons différentes. Elle s’inscrit dans notre vie quotidienne. Elle n’est pas une adhésion aveugle aux propos de tel ou tel prophète auto-révélé, ni une fuite dans certaines propositions de ce qu’on a appelé le « New age ». Elle se rapproche du chemin de l’initiation, c’est-à-dire du dévoilement et de la découverte ce que nous portons en nous, ombre et lumière, à travers des expériences parfois heureuses, parfois difficiles, mais toujours riches d’enseignements pour nous-mêmes.

Devenir un citoyen conscient, c’est écouter autant sa voix intérieure que celle des évènements extérieurs, des rencontres, des situations que la vie propose, en gardant son équilibre et son centre. De cette quête d’équilibre entre son intériorité et l’extériorité émerge la découverte constante et progressive de ce qu’est sa nature profonde, ainsi que l’accès à sa propre souveraineté dans ce monde terrestre. Individuellement, nous grandissons à nous-mêmes.  Collectivement nous réorientons notre trajectoire commune vers plus de paix parce que chacun comprendra qu’une partie des réponses à des questions souvent sources de tensions externes se trouvent dans le cheminement intérieur.

Une telle ouverture, initiée par la science et qui rejoint de fait les enseignements spirituels millénaires, permettra d’éclairer notre raison et de modifier en profondeur la conduite de nos vies. Cela trace progressivement la voie vers une civilisation que nous pouvons qualifiée de « Civilisation de l’Être ». Celle-ci émerge et émergera d’un travail d’apprentissages et de pédagogie qui viendra inévitablement bouleverser les croyances et l’édifice intellectuel conventionnel sur lesquels nos sociétés sont bâties.

Entrer dans l’ère de la conscience, c’est faire de l’exploration de la conscience un sujet d’observation scientifique autant que spirituel et expérientiel. Le regard et le passage par l’approche scientifique, repère incontournable pour « raison garder », autorisent la réintroduction de l’univers invisible dans la vie de la Cité.

Auteurs Ivan Maltcheff et Laurence Baranski,  janvier 2026

Laurence Baranski et Ivan Maltcheff sont co-auteurs de « L’ère de la conscience. 21 repères pour élargir notre conscience en gardant les pieds sur Terre », un livre de pédagogie spirituelle conçu comme un parcours d’éveil à soi et au monde qui nous entoure.

Commander le livre chez l’éditeur en version papier ou numérique

  1. https://opensciences.org/
  2. https://www.aapsglobal.com/
  3. https://valerieseguin.com

Publié par Laurence Baranski

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